CONFERENCE PAPER

 

Entendre localité et mondialisation en Afrique du Sud. Décoloniser l’enseignement de l’histoire de l’art

 

83e Congrès de l'Acfas
Université du Québec à Rimouski
25-29 Mai 2015

Colloque 313 - Arts des mondes / mondes des arts : pluralité des objets, discours et pratiques dans la francophonie

La proposition du colloque «Arts des Mondes/ Mondes des Arts : pluralité des objets, discours et pratiques dans la francophonie» part du constat que l'histoire de l'art et la muséologie restent encore bien souvent cloisonnées à leurs propres frontières non seulement théoriques, mais aussi linguistiques et territoriales. Pourtant, une observation des pratiques professionnelles semble indiquer à la fois des porosités et des impasses dans ces champs de recherche. Prenant appui, mais sans toutefois se limiter, sur l'approche sociologique d'Howard Becker et la perspective des Global Art Histories (dont une traduction convenable resterait à discuter), le colloque soulignera la nécessité de considérer non plus des mondes de l'art mais des mondes des arts. Il s'agira donc de rendre compte de l'ouverture des disciplines à de nouvelles aires géographiques et linguistiques et à de nouvelles formes artistiques. Il apparaît ainsi de plus en plus clairement que ces constructions théoriques doivent être interrogées, étudiées, analysées.

En insistant sur l'emploi du pluriel, ce colloque se veut un moment privilégié pour la pluralité des approches et des perspectives, qu'elles soient transversales, interdisciplinaires, historiques, contemporaines ou créatives. De plus, le sous-titre «pluralité des objets, pratiques et discours dans la francophonie», se présente comme une proposition de réflexion triangulaire. Par exemple, comment nos objets, nos pratiques et nos discours s'articulent-ils selon l'angle d'analyse envisagé, la position du chercheur ou de l'artiste? À ce titre, trois thématiques nous apparaissent particulièrement révélatrices de la complexité des interactions envisageables: archive(s) et mémoire(s), espace(s) et temps, théorie(s) et pratique(s). Par leur construction binaire, celles-ci participeront à l'analyse proposée à l'occasion du colloque «Arts des mondes/ Mondes des arts».

Résumé de la communication : Entendre localité et mondialisation en Afrique du Sud. Décoloniser l'enseignement de l'histoire de l'art

Est-ce que la chimère de l'expression «art gone global» et la chimère de la dissolution des frontières des états nationaux masquent l'enrobement de l'enseignement supérieur à la politique nationale et linguistique? Dans les faits, il n'existe pas de Ministère de l'Enseignement Supérieur Global. Alors que l'on peut faire des études de «World Art Studies» depuis les années 1990 en Europe par exemple, les Global Art Histories constituent une approche plus récente que l'on peut étudier au Québec. En ce qui concerne la pédagogie des Global Art Histories, l'investiture récente de matières d'enseignement suivies du «global turn» de l'histoire de l'art indique une tendance ayant émergé principalement dans le «Nord global».

Ma recherche porte sur le contexte de l'Afrique du Sud. Au regard de la tradition des discours d'outre-mer et du continent d'Afrique, j'interrogerai notamment «la tradition des emprunts sélectifs» (Peter Kallaway 2002) dans l'enseignement supérieur en Afrique du Sud. De plus, en appliquant cette tradition à la discipline de l'histoire de l'art, je m'intéresserai aux insinuations locales spécifiques. «[...] La majorité des instituts des beaux-arts avaient adopté les traditions européennes de la discipline, bien qu'il soit important de pointer que l'imposition du gouvernement Apartheid d'un enseignement distinct pour les différents groupes ethniques ait eu un impact sur la discipline de manière bizarre» (Anitra Nettleton 2006). De plus, dans le système d'éducation durant l'Apartheid, les contextes linguistiques distincts ont emprunté des traditions différentes de celles du Royaume-Uni ou de l'Allemagne. Cependant, les contextes africains (indigènes ou en quelque sorte francophone respectivement lusophone) étaient plutôt évités.

Aux vues de l'institutionnalisation récente du « global turn » en histoire de l'art, ma recherche s'intéresse à la question de ce que signifie faire des Global Art Histories (Alice Ming Wai Jim 2013). À cet égard, je souhaite souligner le paradoxe d'établir un programme global qui, en réalité, est lié à des institutions nationales de l'enseignement supérieur. Évidemment, ce paradoxe n'est pas unique en Afrique du Sud. Qu'en est-il alors pour le contexte de l'Afrique du Sud qui reconfigure l'intraductibilité éventuelle des discours? Comment situer la pédagogie des Global Art Histories avec un savoir des particularités discursives et la pluralité de ces cadres institutionnels dans les contextes nationaux et linguistiques? Comment décoloniser l'enseignement de l'histoire de l'art à travers le réexamen de la localité et de la mondialisation d'un œil critique?

Programme

Jeudi 28 Mai 2015

09:00 - 10:25 Accueil et conférence d'ouverture
- Francine Couture (UQAM - Université du Québec à Montréal) : Mondialisation et multiplication des réseaux du monde de l'art contemporain

10:45 - 12:05 Mythes, discours et silences: les mondes de l'art contemporain au Québec
Présidence : Louise Vigneault (Université de Montréal)
- Édith-Anne Pageot (Université d'Ottawa) : L'art autochtone à l'aulne du discours sur l'art dans les revues francophones au Canada. Les cas de Sakahàn et de Beat Nation
- Marie-Josée Parent (DestiNATIONS) : Carrefour International des Arts et Cultures des Peuples autochtones

13:15 - 14:35 Pratiques et trajectoires transversales : le commissariat en récits
Présidence : Flavie Boucher (UdeM - Université de Montréal)
- Anne-Marie Bouchard (Musée national des beaux-arts du Québec) : Trajectoires croisées entre université et musée, entre culture visuelle et beaux arts
- Michael Blum (UQAM - Université du Québec à Montréal) : Mémoires vives

14:50 - 16:00 Dynamiques locales, discours mondiaux, le décentrement de l'art contemporain à travers les expositions
Présidence : Dominic Hardy (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Julie Alary Lavallée (UdeM - Université de Montréal) : L'art contemporain de l'Inde et la diaspora indienne: négociation d'une double inclusion dans le réseau de l'art international
- Mérièm Moulay (Ecole Doctorale de Lyon / Université Jean Monnet de Saint-Etienne) :  "Art contemporain arabe": pratiques et discours

16:00 - 17:00 Pratiques muséales et polysémie de l'objet : perceptions temporelles en contextes
Présidence : Marie-Charlotte Franco (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Monia Abdallah (UQAM - Université du Québec à Montréal) : Art contemporain et collections d'art ancien : le Musée face au présent. Etude de cas : les arts « islamiques » au British Museum
- Amine Bastos (UQAM - Université du Québec à Montréal) : De l'objet authentique à l'objet-idée : Les collections du Musée national du Mali

17:30 - 20:00 5 à 7 au Musée régional de Rimouski avec une présentation de Madame Francine Périnet, directrice du Musée, et de son équipe

Vendredi 29 Mai 2015

09:30 - 10:30 L'histoire de l'art entre enseignement universitaire et médiation muséale: pratiques et discours
Présidence : Sophie Guignard (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Dominic Hardy (UQAM - Université du Québec à Montréal) : Entre le musée et l'université, l'histoire de l'art comme pratique éducative: témoignage
- Claudia Marion Stemberger (McGill University) : Entendre localité et mondialisation en Afrique du Sud. Décoloniser l'enseignement de l'histoire de l'art

11:00 - 12:30 Table ronde : "Arts des mondes/ Mondes des arts": retour et ouvertures
- Flavie Boucher (UdeM - Université de Montréal)
- Marie-Charlotte Franco (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Sophie Guignard (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Dominic Hardy (UQAM - Université du Québec à Montréal)
- Louise Vigneault (UdeM - Université de Montréal)

14:00 - 16:00 Atelier de réflexion

 

 

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